Paria en 2020

Au moyen âge, s’intéresser à la science pouvait relever de la sorcellerie et entraînait une mise au ban de la société. Quelques siècles plus tard, contredire publiquement un noble était considéré comme un crime de lèse-majesté. Jusqu’à la fin du XXème siècle, la contraception était encore punie en Europe et les relations hors mariage sévèrement jugées par la société. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelle offense peut-elle entraîner réprimandes publiques, rejet de communautés sportives ou artistiques ou encore impossibilité d’accéder à certains services ? Eh bien c’est de ne pas avoir Whatsapp !  

Quelqu’un, quelque part, à un moment donné, a décidé que le monde entier devait se connecter à ce réseau social accessible et facile d’utilisation. Et à l’époque des bons plans et du tout-gratuit, cette décision a fait mouche ! Car on a beau être horrifié par les conditions générales d’utilisation – pour celles et ceux qui ont eu le courage de les parcourir- on a beau avoir suivi l’effroyable épopée de Cambridge Analytica, la violation systématique de ses données personnelles ne semble plus inquiéter personne. Après des siècles à fermer sa porte d’entrée à double tours, éduquer nos enfants à ne pas répondre à des inconnus et s’assurer que le rideau est suffisamment opaque pour préserver notre intimité, voici que nous livrons les détails les plus croustillants de notre vie privée et de celles de mineurs qui n’ont rien demandé au grand public, qui lui non plus, n’a rien demandé. Sur le plan légal, malgré le RGPD européen ou notre loi fédérale sur la protection des données, la complexité multinationale de la nébuleuse des réseaux sociaux est telle qu’il est impossible pour le moment de légiférer en dehors de nos frontières. Et même au sein des Etats la vitesse d’adaptation aux nouvelles technologies n’est de loin pas optimale !

Mais pourquoi légiférer ? Après tout il ne s’agit que d’outils ludiques qui facilitent un peu notre quotidien. Erreur ! Les réseaux sociaux, tout comme la liste interminable d’applications que nous imposent CFF, BCV, ou encore – coronavirus oblige – bars et restaurants avec l’application de lecture du QR code rend aujourd’hui la vie pénible, voire impossible, sans hyperconnectivité. Le smartphone et tout son équipement digital est passé d’accessoire de loisir à un must sans lequel le quotidien devient invivable. En dehors de l’aspect financier lié à l’achat du modèle suffisamment puissant pour tenir une petite pincée de mois, et qui deviendra de plus en plus problématique avec l’entrée en récession de nombreux pays, la question de la protection inquiète avec les risques liés à un bluetooth non restreint, l’utilisation de bornes USB pour la recharge ou le téléchargement involontaire de malwares. Risques privés en lien avec le piratage ou l’usurpation d’identités, mais également économiques lorsque l’entrelacement des applications met en danger les informations sensibles des entreprises dans lesquels travaillent les utilisateurs.  

En attendant un texte de lois qui tienne la route, j’ai pris la décision de tenir bon et de limiter les outils digitaux au stricte nécessaire... après tout on se fait vite à son statut de fou du village !

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