Quand le virus infecte la campagne

Lorsque l’OFSP a décidé d’adapter sa liste des pays présentant un risque élevé d’infection, il a précisé que la quarantaine pour les voyageurs entrant en Suisse de ces pays-là serait mise en vigueur le samedi 8 août à 0h... dans les versions allemande, italienne et anglaise. Dans la version française par contre, l’entrée en vigueur de cette mesure particulièrement contraignante était fixée à samedi minuit, ce qui fait un décalage de 24h heures !

Discrimination contre les romands? Non, simple erreur ! Très embêtante certes, mais une simple erreur.

Les propos et mesures qui se multiplient ces derniers jours ne sont en revanche pas des erreurs mais des propos discriminants qui frôlent dangereusement le racisme. Lorsqu’un conseiller d’Etat genevois met en cause les barmen français dans la recrudescence des cas de COVID19 à Genève à l’heure même où l’OFSP admet ne pas pouvoir déterminer avec certitude si les lieux de loisir nocturnes sont en cause dans cette recrudescence, mon âme de xénophile frémit d’horreur.  Lorsqu’il parle de craintes d’invasions de jeunes frontaliers pour fuir l’obligation de port du masque, l’ombre de démons que je croyais enterrés depuis 70 ans réapparait. Mais le comble de l’horreur qui me fait dire que cette xénophobie ne connaît plus de limites est la décision du maire de Porrentruy qui décide de fermer sa piscine publique aux frontaliers !

Accusés de subtiliser nos places de travail et d’appauvrir nos petits commerces, voici les frontaliers montrés du doigt comme les principaux vecteurs de propagation du virus en Suisse, alors que la France a pris des mesures beaucoup plus drastiques et précoces pour enrayer l’épidémie. Au lieu de prendre nos responsabilités dans les problèmes auxquels nous faisons face depuis quelques années il nous est plus facile d’accuser les autres et de fomenter un sentiment protectionniste qui finira par mettre notre économie à genoux. Car il ne faut pas se leurrer : si les accusations anti-européennes fusent ces dernières semaines ce n’est pas par peur du virus mais dans le but précis d’influencer les électeurs dans la votation cruciale du 27 septembre. L’initiative de l’UDC « pour une immigration modérée » aura des conséquences irréversibles sur notre liberté de circuler au sein de l’UE, la reconnaissance de nos diplômes, la mobilité de nos jeunes étudiants, le financement de nos recherches, l’accès aux marchés européens pour nos exportateurs et j’en passe. C’est une décision qui revête une grande importance dans notre économie et notre liberté de circuler dans le continent auquel nous appartenons. Que l’on soit pour ou contre il est totalement irresponsable et dangereux de se servir de la peur de la pandémie pour pousser les électeurs à se replier sur eux-mêmes et voter sans une vision élargie sur ce que l’initiative signifie. Le 27 septembre ne sera pas le jour du jugement des responsables du coronavirus mais bien celui d’un choix définitif sur nos rapports avec les Etats voisins.

Si l’OFSP émet à la hâte des communiqués du fait de l’urgence de la situation sanitaire, au risque de multiplier les erreurs, prenons le temps de peser le pour et le contre dans ce qui pourrait marquer le début d’une totale réorganisation économique et commerciale.

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