Mais pourquoi a-t-on manifesté au juste ?

“C’est beaucoup plus facile d’être contre le racisme quand on habite à Neuilly que quand on habite à Saint-Denis... moi les étrangers, je vis avec, alors je ne peux plus les saquer ! ». Dans La Crise, Michou, chômage sans le sou sort cette phrase culte en toute décontraction, un sourire paisible aux lèvres. D’un air exagérément outré, son interlocuteur parle de droits à la différence et à la tolérance au moment même où sa femme classe consciencieusement les femmes de ménage par origine ethnique dans des boîtes de préjugés : « les asiatiques, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux ! ». Interrogé sur Mohammed, Rachid et Djamila, Michou enchaine, avec ce même sourire paisible admirablement joué par Patrick Timsit: « Djamila, c’est pas pareil, c’est comme ma mère ! ».

Ce chef d’œuvre de Coline Serreau montre la complexité des sentiments xénophobes. Il y a le racisme affiché, décomplexé, voire violent, et il y a ce racisme latent de tous les jours, subi régulièrement par des milliers d’invisibles qui n’osent même pas s’en plaindre, car il est impossible à décrire. Celui-ci est souvent issu de l’ignorance et de l'arrogance héritée de la période colonialiste.

C’est probablement cette complexité qui suscite tant de réactions et qui conduit à des manifestations dans de nombreuses villes du monde. Malgré les restrictions sanitaires, Genève a réuni la semaine dernière près de dix-mille manifestants, et les témoignages recueillis sur les pratiques courantes dans la ville du bout du lac étaient nombreux : contrôles « aléatoires » dans la rue ou aux postes douaniers, délits de faciès à la sortie des supermarchés, interdictions d’accès à des lieux de loisirs et cette réaction, unanime, qu’ont les victimes de ces agissements xénophobes : le silence.

Car si l’on interroge un passant dans la rue sur le racisme, il aura en tête la horde de militants d’extrême droite habillés en inquisiteurs, pourchassant une victime noire dans des bois lugubres, et armés jusqu’aux dents. Ce racisme-là, violent, meurtrier, est fort heureusement plutôt rare sur le continent européen. La loi et les règles de bienséance font que l’intégrité corporelle des victimes de racisme est plutôt respectée. Mais il reste l’autre, celui dont on ne parle pas, qui est pourtant présent et subit au quotidien, le racisme insidieux, sournois, constitué de petites phrases anodines entendues plusieurs fois par jour, de questions naïves qui commencent invariablement par le fameux « chez vous », sans oublier ce qui finit par affecter les perspectives d’avenir, c’est-à-dire le gel des carrières, le refus de scolarisation dans certains établissements, les nombreux CVs jetés à la poubelle, ou les dossiers de location poussés au fond d’une pile.

Ce racisme-là, présent, réel, ne peut pas être combattu par les tribunaux. Il doit d’abord être admis et reconnu, puis éliminé peu à peu par l’éducation, les campagnes de sensibilisation et l’ouverture aux autres cultures.

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Commentaires

  • Je suis obligé de reconnaître de vous donner entièrement raison. Même les jeunes nés ici, s'il leur reste à peine quelque couleur issu d'un de leur parents, dont ils n'ont peut-être jamais visité le pays d'origine, subissent à l'occasion ce que vous décrivez.
    Ce n'est pas toujours de la malveillance, mais souvent une ignorance, un manque d'expérience de la vie et de connaissance du monde qui est à l'origine de ce qui finit par se manifester en bêtise ou même en méchanceté. De la peine de gens qui représentent l'autorité c'est inacceptable. Le pouvoir doit être lié à la responsabilité.

  • Là où je ne suis pas d'accord avec vous, c'est que vous vous confinez au racisme chez les blancs, chez les noirs, il y en a tout autant, et chez tous les groupes ethniques. Ceux qui se promène à New-York dans certains quartiers pourraient en témoigner, etc, etc

  • Peut-être qu'on parle du "chez vous" des étrangers, mais est-ce surprenant si, eux-mêmes, ils se regroupent en associations de Calabrais, en bistrot fréquenté surtout par des Portugais ou des Kurdes, etc... Il y a une foule de soirées même pas sud-américaines, mais colombiennes ou boliviennes. C'est normal, les gens aiment se sentir en milieu familier. Par ailleurs, si on vient de Turquie ou des Philippines, faut-il absolument renier ses origines et sa patrie ? Est-ce mal de s'intéresser au "chez vous" de qqn qui vient d'ailleurs ?

    Il serait intéressant aussi qu'on se penche sur le racisme entre toutes les différentes ethnies et au racisme hors monde occidental.

  • OUI cette tirade dans "La crise" est d'actualité! Les français blancs ne sont pas les bienvenus dans les banlieues! Une autre forme de racisme, ou plutôt la volonté de rester entre-soi! "Le bus de la peur" sur youtube exemplifie très bien tout le problème! Une antillaise qui était à l'université m'expliquait qu'elle subissait du racisme de la part d'africains!!!!

  • Autre reportage édifient sur youtube, "Trafic de migrants, les filières de l'Europe de l'Est"! Sans autres commentaires! On cache aussi ce genre de trafic gravissime derrière le mot "racisme"!

  • Petite mise au point et petit rappel historique en cette époque d'ignorance, d'aveuglement, de réécriture de l'histoire et de récupération de la mort de G. Floyd à des fins politiques:

    A) En 1868, le slogan du parti démocrate était:

    "This is a White Man's Country, Let White Men Rule"

    https://en.wikipedia.org/wiki/1868_Democratic_National_Convention

    B) De nombreux membres du parti démocrate font partie des fondateurs du KKK, alors que les républicains étaient majoritairement dans le camp des adversaires de l’esclavage.

    C) Le démocrate George Wallace, fervent raciste, fut élu gouverneur de l'Alabama en 1963 avec ce slogan :

    “Ségrégation maintenant, ségrégation demain, ségrégation pour toujours”

    et il reste à ce titre célèbre pour avoir tenté, le 11 juin 1963 d'empêcher les deux premiers étudiants noirs, Vivian Malone Jones et James Hood, d'entrer dans l'Université de l'Alabama, un évènement qui a connu un retentissement national:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Wallace

    D) Dans la courte vidéo suivante, Hillary Clinton fait l'éloge funèbre de Robert C. Byrd, raciste notoire et chef local du KKK, qu'elle présente comme son ami et mentor:

    https://www.youtube.com/watch?v=z0DbPnfpVus

    Lire aussi "la part d'ombre" et "Déclarations controversées" au bas de la page Wiki de ce triste personnage:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Byrd

    Voici certaines des déclarations abjectes de Robert Byrd, mentor tant admiré par Hillary Clinton:

    1) “Je souhaite de ne jamais me battre aux côtés d'un nègre. Plutôt mourir mille fois, et voir le drapeau américain piétiné dans la boue au point qu'il ne puisse plus être encore hissé, que voir ce pays bien-aimé se dégrader par une race de bâtards, une survivance du spécimen le plus noir des terres sauvages.”
    (Lettre de Robert Byrd au sénateur Theodore Bilbo du Mississippi (1945))

    2) “On a besoin du Klan aujourd'hui plus que jamais, et je désire voir sa renaissance ici en Virginie-Occidentale”.

    3) “Il y a des nègres blancs. J'ai vu beaucoup de nègres blancs dans ma vie ; je vais utiliser ce mot” (Interview à Fox News Channel, le 4 mars 2001).

    Etrangement Hillary Clinton n'a jamais été attaquée ni critiquée pour avoir fait l'éloge de ce pathétique individu, ce qui montre bien toute l'hypocrisie des démocrates et leur récupération de la mort de G. Floyd à des fins politiques.

    Imaginez un seul instant, la réaction des médias si c'était Donald Trump qui avait fait l'éloge de cet individu!

    E) Le président démocrate Bill Clinton a refusé d’empêcher le génocide rouandais qui a fait plus de 300.000 morts:

    “Des documents classifiés rendus publics en 2004 ont révélé que l'administration Clinton savait qu’une ‘solution finale pour éliminer tous les Tutsis’ se préparait bien avant le début du génocide. D’ailleurs, Clinton a aussi reconnu qu’un mois avant le début des exterminations, il avait émis une directive présidentielle qui déclarait que ‘les États-Unis ne participeraient à aucune opération humanitaire, à moins que ce ne soit dans leur intérêt’.

    https://www.journaldemontreal.com/2020/05/19/genocide-rwandais-bill-clinton-responsable-de-300-000-morts

    et

    https://www.theguardian.com/world/2004/mar/31/usa.rwanda

    Etrangement Bill Clinton n'a jamais été attaqué ni critiqué à ce sujet!

    Qu’en serait-il si Donald Trump était responsable? On connaît la réponse!

    F) Pete Buttigieg, “vedette” du début de la campagne et premier candidat de poids dans une élection présidentielle à se déclarer homosexuel, le jeune maire Pete Buttigieg a également dû se défendre des accusations de racisme dans sa ville de South Bend (Indiana), après la mort d’un Noir abattu par un policier blanc.

    G) Joe Biden, lui, s'est opposé à la politique publique qui permettait de transporter des enfants des quartiers noirs jusque dans des écoles à majorité blanche et comme chacun le sait un noir qui ne voterait pas pour lui n'est pas un noir!

    H) De plus:

    -l'état du Minnesota est un état démocrate!
    -le maire de Minneapolis est démocrate!
    -Medaria Arradondo, le chef de la police de Minneapolis, qui était sensé la réorganiser, est démocrate et noir!

    Mais, comme par hasard, on ne les tient jamais comme responsables de quoi que ce soit.

    Quant aux collègues racistes de l'officier Chauvin, l'un est asiatique et l'autre noir comme on le voit clairement sur les vidéos!

    Chut! Il ne faut pas répéter tout ça, car ça pourrait mettre à mal la récupération politique de cette affaire par divers groupes d'ultra gauche financés par G. Soros et les démocrates!

    Eh oui, la vérité fait mal, c'est bien pour cela que certains, dont nos "chers" médias, à commencer par la RTS, préfèrent la cacher, car elle ne va pas dans le sens voulu par leur idéologie "bienpensante".

  • J'en profite pour corriger un typo:

    -Medaria Arradondo, le chef de la police de Minneapolis, qui était Censé la réorganiser, est démocrate et noir!

  • Il y a eu ces derniers jours de violents heurts à Dijon sur fond de trafic de drogue, entre des maghrébins et des tchétchène, j'aimerais bien savoir de quel coté sont nos amis antiracistes/antifascistes?? Du coté des maghrébins ou du coté des tchétchènes, en tout cas melechon n'est pas du coté des tchétchènes! Ce genre de conflit ultraviolet peut embrasser toutes les banlieues de France! Laissera t on la police faire son travail??? Il semble que non!

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