1984 version 2020

Christopher Wylie. Ce nom a fait couler beaucoup d’encre il y a deux ans. Beaucoup, mais toujours pas assez ! Ce génie canadien du codage connu pour avoir participé au développement de Cambridge Analytica a fini par prendre peur face aux dérives inquiétantes de l’intelligence artificielle, un peu comme un professeur Frankenstein dépassé par la puissance du monstre qu’il a lui-même créé.

Car sous couvert d’appellations naïves comme « follower », « like » et « communauté », ce sont toutes les données relatives à nos vies privées qui sont constamment surveillées, récoltées et analysées pour nourrir les bases de données d’entreprises privées mais également de partis et formations politiques qui s’en servent pour influencer nos décisions de vote, et la Suisse n’y échappe pas !

Initialement sollicité par un parti canadien, Christopher Wylie a ensuite participé à la campagne électorale de Barack Obama, avant de constater avec horreur le rôle joué par Facebook, et donc Instagram et Whatsapp dans l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et la victoire surprise du camp Brexit au Royaume Uni. S’en est suivie une longue période de collecte de preuves diverses et variées et d’une procédure judiciaire qui n’a pas pu aboutir car face à une entité au profil impossible à déterminer et à un matériel judiciaire encore à la traîne par rapport aux nouvelles technologies.

Les réseaux sociaux, tout comme les diverses manières actuelles de récolter nos données privées, font partie de tout une nébuleuse de nouveaux moyens technologiques qui participent à ce que l’on appelle l’ingénierie sociale. Les caméras de surveillance, les cartes de fidélité et autres données de traçage ont fait de nous une matière première qui alimente les gros industriels mais également les formations politiques qui possèdent de gros moyens. Souvent poussés par la peur de menaces plus ou moins identifiées, nous acceptons que notre vie soit scrutée dans le plus intime détail et donnons notre consentement à ce qui va probablement devenir notre prison dorée. Hier le terrorisme avec les caméras de surveillance et l’accessibilité des données bancaires, aujourd’hui le coronavirus avec le traçage de nos données et l’utilisation encouragée du paiement sans contact, petit à petit nous nous laissons épier dans nos faits et gestes pour nous sentir plus en sécurité, mais c’est ce faux sentiment qui risque de générer les plus dangereuses conséquences, car nos données peuvent facilement se retrouver entre des mains mal intentionnées, voire susciter des tentations chez ceux en qui nous avons confiance.

Bien heureusement bon nombre de nos députés continuent à se battre contre ce genre de pratiques dangereuses, nous permettant de rester à l’abri, pour quelques années encore, des scénarii trop réalistes de George Orwell.

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.