Priorité à la solidarité !

Alors que la pandémie fait de plus en plus de morts dans le monde, certains observateurs scrutent les réactions européennes pour y déceler le moindre signe d’un prochain effondrement.
Est-ce bien le moment ? Et surtout, si certaines mesures initiales face à cet ennemi d’un nouveau genre ont pu paraître choquantes, y a-t-il lieu d’anticiper la mort du mastodonte européen ?

Deux événements majeurs ont attiré l’attention des europhobes. Tout d’abord le blocage des masques de protection chinois par les douanes allemandes qui ont voulu privilégier leur propre population, décision qui a fait couler beaucoup d’encre à une période où la première réaction de nombreux pays face au virus a été le repli sur soi. Le deuxième a été le cri d’alerte du premier ministre italien Guiseppe Conte face au drame que vit son pays et qui l’a poussé à demander la création du « corona bonds » système d’aide financière qui viendrait en aide aux pays les plus touchés par les conséquences de la pandémie, à défaut de quoi on pourrait assister à la dislocation de l’Europe.
C’est effectivement à une épreuve de taille que doit faire face l’Union Européenne aujourd’hui, étroitement observée et analysée par des yeux helvétiques qui se préparent à une votation cruciale touchant nos relations avec notre principal partenaire commercial. Mais les premières fâcheuses décisions ont vite fait place à la sagesse d’une action commune et coordonnée. Les masques ainsi qu’autre matériel médical, dont plusieurs sont fabriqués au sein de l’UE, sont maintenant répartis de manière plus raisonnée au sein de l’AELE, en privilégiant les zones les plus touchées par la pandémie. D’un autre côté, l’idée d’une aide intra-européenne de soutien économique aux PME et principales entreprises européennes commence à faire son petit bonhomme de chemin, appuyée au sein-même de l’Allemagne qui était le premier pays réfractaire à l’idée. Le président français Emmanuel Macron a également rappelé l’importance d’une solidarité tant médicale que budgétaire pour limiter la casse à l’échelle européenne, quitte à faire face à une dette commune.
Aujourd’hui le matériel médical produit en France et en Allemagne est également envoyé en Italie et en Espagne. L’aide médicale est également à l’honneur au sein de l’AELE avec des hôpitaux allemands et suisses qui acceptent d’accueillir les patients italiens ou français. Les douanes françaises et italiennes font également des exceptions en donnant la priorité de passage au personnel médical frontalier, qui constitue plus de 60% des soignants des hôpitaux ou cliniques genevoises ou tessinoises. La recherche est mise en commun, avec un vaste réseau d’échanges au niveau mondial, et un programme européen dédié au COVID-19 de 50 millions d’euros, auquel participe la Suisse.
Le tourisme, touché de plein fouet par les mesures soudaines de confinement, a également été le théâtre de diverses opérations coordonnées, à l’instar des suisses bloqués dans le paquebot japonais, qui ont été rapatriés par l’hexagone, avec les touristes français. Il reste encore des efforts à faire, comme l’harmonisation des mesures de confinement entre Etats voisins, qui ne peuvent porter leurs fruits qu’avec des décisions conjointes, dépassant les clivages et luttes de voisinage.
En faisant face à ce virus qui fait fi de la richesse et de la puissance, les Etats développés redécouvrent la solidarité et l’urgence d’actions communes et concertées. De bonnes pratiques qu’il ne faudra pas, une fois la tempête passée, remettre au fond d’un tiroir.

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