La leçon bilatérale du Coronavirus

"La France considère les bancs d’école plus dangereux que bars, discothèques et autres manifestations festives, pour lesquels rien n’est prévu. " Pouvait-on entendre ironiquement à l'Etat de Genève suite à l'allocution d'Emmanuel Macron. Le soir-même le Conseil Fédéral prenait la même décision!

Après l'Europe qui a regardé les mesures chinoises face au coronavirus d'un air condescendant, c'était au tour de la Suisse d'observer l'Europe sans réagir, comme si la pandémie allait s'essouffler aux frontières! Or c'est précisément dans ces situations de crise que les Etats doivent unir leurs forces, et plus particulièrement les Etats voisins. Malheureusement certains partis sont déjà en campagne pour l'initiative anti-libre circulation du 17 mai prochain, peu importe l'urgence sanitaire!

Car le secteur le plus sous tension en ce moment est celui de la santé. Hormis les entreprises pharmaceutiques qui travaillent sur la création d'un vaccin, les médecins et le personnel hospitalier sont sollicités plus que jamais, et nous savons que dans certains cantons comme Genève, le Tessin ou Bâle, la majorité du personnel infirmier vient d'Europe. C'est que le domaine des soins est pénible et épuisant. Aux horaires irréguliers se rajoutent les pressions dues à la surcharge de travail et au dénigrement qui peut apparaître dans certaines fonctions. Plusieurs jeunes suisses diplômés des HES décident alors de pousser leurs études plus loin et finissent par grossir les rangs des étudiants en médecine ou en biomed, poussant les hôpitaux et cliniques à faire les yeux doux aux soignantes et soignants européens.

Depuis l'accélération de la pandémie d'ailleurs, Genève et le Tessin craignent de voir leur personnel frontalier, désabusé par des années de populisme qui n'hésitait pas à les viser, venir en renfort à leur patrie qui manque de personnel médical aux frontières. Cela concerne aussi les autres secteurs de l'économie où un absentéisme prolongé des frontaliers risquerait de paralyser totalement l'économie, mais au moment où le virus frappe aux portes, la préoccupation majeure reste le personnel médical.

C'est pour cela que même au Tessin, canton traditionnellement populiste, la population commence à offrir ses services aux frontaliers, et des groupes se sont formés sur les réseaux sociaux pour proposer d'héberger les infirmières et infirmiers italiens.

Le Conseil d'Etat genevois n'a donc eu d'autre choix que d'emboîter le pas et de proposer des solutions pour retenir ce personnel frontalier, souvent fustigé, et le pousser à rester, entraînant un intérêt soudain pour cette région transfrontalière qui cohabite depuis des siècles et qui est depuis 2014 totalement écartée des préoccupations du canton. Ainsi pouvait-on entendre dernièrement en vieille ville: " La collaboration transfrontalière fait l'objet de contacts réguliers au niveau préfectoral avec l'état français, elle doit se poursuivre." 

 

Quelle douce musique aux oreilles des défenseurs des accords bilatéraux, qui ont compris depuis longtemps qu'un isolement de la Suisse serait dangereux, et plus encore en période de crise.

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Commentaires

  • Merci Houda. J'ai jamais vu autant de messages égoïstes de toute ma vie. "Ouaiiis mais NOUS on risque rien" ou "C'est pas une promenade qui va me tuer"

    Cette histoire de virus est une histoire collective. Mondiale. C'est en prenant TOUS des précautions, qu'on arrivera à l'éradiquer. Et c'est pas parce que "nous on risque rien" que c'est le cas du voisin.

  • Bilatérales ou pas, ce n'est pas ça qui empêchera la Suisse de faire venir des travailleurs ni empêchera la France de bloquer le personnel soignant frontalier.

    Les bilatérales sont importantes pour les exportations, sauf que l'attractivité de la Suisse est entrain de faire exploser la population suisse.
    Tout est prêt pour que le suisse comme l'anglais l'a fait, choisisse un avenir incertain à une situation qui ne lui paraît plus tenable.

    Pour sauver ces accords il faut autre chose que la peur. Il faut des garanties et donner une perspective d'avenir qui ne soit pas qu' économique, à moins de vouloir tuer ces accords.

    Je suis pessimiste à l'image du virus. La Suisse n'a pas voulu toucher l'Economie, et elle va tout perdre (mortalité, Economie). Le monde économique et les politiciens sont sur une autre planète. Le coup de semonce de l'initiative UDC n'a rien changé.

    A force de regarder l'Economie et pas les gens, les décideurs mettent les bilatérales en sursis. Le monde réel est un subtil équilibre, le déséquilibre amène la destruction.
    Beaucoup de citoyens ont vu plus de désavantages que d'avantages et ça va bien au-delà des cercles UDC.
    Il faut inventer un nouvel équilibre si il n'est pas trop tard pour la prochaine votation. La dernière barrière avant un rejet massif, est la protection du travailleur suisse, et là c'est mal barré.

  • Oh les méchants populistes! Alors qu'en fait ce sont justement les mondialistes qui sont responsables de la gravité de cette crise. Prenez par exemple le manque de masques, des désinfectnants et de nombreux composants de médicaments qui est justement dû aux délocalisations qui rendent les états dépendants d'autres états pour leur survie! Presque tous nos masques et médicaments sont faits en Chine! Merci qui?

  • Merci les consommateurs low cost qui en veulent toujours plus pour leur argent!

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