13/01/2019

Place aux jeunes, disent-ils!

C'est une phrase qui revient comme un refrain à chaque fois que j'évoque mon âge: "profite bien, tu verras quand tu auras cinquante ans"!  La date fatidique approche dangereusement et je crains de plus en plus ce qui pourrait m'arriver audit anniversaire: une perte soudaine de ma chevelure? une apparition inattendue de scares? un affolement de ma pression sanguine? Ce palier qui semble effrayer tant de personnes serait-il un basculement définitif vers une nouvelle condition ou reste-t-il, comme les autres anniversaires, une simple date à célébrer?


Cette appréhension de l'âge mûr, propre au monde occidental, devient de plus en plus maladive: alors que sous d'autres cieux être âgé est considéré comme une bénédiction - avoir survécu à la mort subite, aux maladies, aux risques d'accidents..- cela semble s'apparenter en occident à une maladie honteuse que l'on tente désespérément de soigner en multipliant les consultations médicales. Nulle part ailleurs les personnes d'âge mûr n'ont autant recours à ces remèdes miracle: fortifiants, injections de toxine botulique, liposuccion et autres hormones afin de préserver une place dans la vie professionnelle et la vie sociale. Car le mal est là: alors qu'en Afrique on ressort et applique l'adage "un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle", le vieux en Occident est plutôt un lourd fardeau dont personne ne veut. Il coûte cher aux assurances sociales, ne comprend rien aux nouvelles technologies et tente d'imposer des idées dépassées à des jeunes parents inexpérimentés. De plus, on n'a pas besoin de son précieux savoir car tout se trouve dans les moteurs de recherche qui peuvent nous aiguiller sur la meilleure manière de faire une IPO, calmer un bébé qui pleure ou démarrer une tondeuse à gazon.

Même les partis politiques s'y mettent en chœur: ils arborent tous fièrement le même discours: "place aux jeunes et aux femmes!". Pour les femmes permettez-moi de continuer à m'inquiéter, il y aura peut-être un pic en 2019 mais tant que les mentalités et les systèmes professionnels n'auront pas évolué pas elles finiront par retrouver la sous-représentation qui les caractérisent. Quant à la question d'âge, quelle hypocrisie d'écarter des candidats motivés, expérimentés et disponibles et au même moment condamner les discriminations et prétendre chercher des solutions pour réintégrer les seniors dans le monde du travail! Car cet âge qu'on me présente comme une menace est un seuil au delà duquel on disparaît professionnellement. Sont poussés alors vers un cimetière des éléphants un nombre de plus en plus élevé de personnes encore pleines d'énergie et de volonté, qui ne comprennent pas qu'on parle d'augmenter l'âge de la retraite alors qu'elles-mêmes n'ont pas eu la chance de rester actives jusqu'à la leur.

Parler d'équilibre hommes-femmes est de la discrimination positive. Parler de céder la place aux jeunes est une discrimination honteuse qui ne fait que mettre en lumière ce complexe absurde que l'on a vis-à-vis de l'âge. De plus les élus sont sensés représenter la population, or avec 20% de la population suisse totale, les personnes âgées de plus de soixante-cinq ans ont droit à une représentation conséquente au parlement. Les jeunes ne doivent pas gagner leur siège grâce à leur âge mais le mériter en venant avec des solutions aux problèmes qui touchent la population.

Le reste ne doit être qu'une question de compétition: que le meilleur gagne!

13:29 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Un grand merci à vous pour cet article. Qui exprime si clairement ce qui se passe en Suisse ( et ailleurs également). J'ai vécu la fin de ma professionnelle comme employé à l'âge de 58 ans, pour la plupart des raisons que vous évoquez. Dès mon premier entretien à l'Office Cantonal de l'Emploi de Genève, la personne.qui m'a reçu a été très honnête avec moi : " je ne peux rien faire pour vous, désolée". Que faire ?....

Écrit par : Benoit Ducret | 13/01/2019

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