19/06/2018

Nouvelles technologies ou l'exemple zurichois

Mai 2018, le couperet tombe: Nestlé décide de délocaliser 500 postes en informatique vers Barcelone. La capitale catalane devient, avec Milan et Bengalore et les pays de l'Est, un des lieux les plus prisés de délocalisation des métiers de l'IT. Car avant le géant de l'alimentaire, ce sont nos principales banques qui transfèrent toutes leurs opérations numériques vers l'Inde ou la Pologne.


Depuis les années 2000 en effet, toute la planète est occupée par la course aux nouvelles technologies. Toute? Non! Une petite région d'irréductibles romands résiste encore et toujours à l'envahisseur. Big data, programmation, data control, nous aurions pris en Romandie un sérieux retard en matière de formation avec une certaine réticence à introduire progressivement les nouvelles technologies dans notre enseignement. Et des écoles de pointe comme l'EPFL ou les HES ne suffisent pas à produire le nombre de spécialistes nécessaire pour faire face à la demande. A noter qu'en la matière, les informaticiennes se font remarquer par leur rareté. La situation est particulièrement critique à Genève où la préférence cantonale rend la délocalisation plus aisée que l'apport de compétences étrangères, ce qui en plus de faire disparaître des postes sur le long terme, défavorise l'économie par le déplacement de consommateurs vers des contrées lointaines. Les "frontalier-assez!" par ci ou "Genève d'abord!" par là ont eu raison de notre capacité à nous adapter aux mutations du monde du travail.

Le déplacement des technologies informatiques de Nestlé n'est malheureusement que la pointe de l'iceberg: nous aurions, selon certains spécialistes, dix ans de retard en matière de nouvelles technologies et de compétences en intelligence artificielle en Romandie. Les entreprises d'une certaine taille pressées de numériser leurs informations  ne trouvent pas suffisamment d'analystes pour mettre sur pied et gérer des bases de données de plus en plus massives et surtout nécessitant une protection accrue. De nouvelles dispositions comme les fameux GDPR européens pour la protection des données personnelles compliquent davantage la tâche pour toutes les entreprises suisses qui traitent de près ou de loin avec une clientèle européenne. L'autre secteur qui est en reste est celui de l'internet des objets, qui inclut la réalité virtuelle ou les objets connectés. Il est à regretter à titre d'exemple que les fleurons de l'horlogerie n'aient pas fait office de pionniers en matière de montres connectées.

Fort heureusement nous avons un exemple à suivre bien de chez nous, qui est celui de Zurich, ville qui s'est imposée ces dernières années comme l'une des plus attractives en matière de haute technologie. Hormis l'accès à des outils de financement exceptionnels, la ville du QG européen de Google a su multiplier les écoles d'informatique assez tôt et tirer profit des partenariats public-privé qui profitent à ses hautes écoles, en témoigne la plateforme Switzerland Innovation. De quoi rendre le rêve d'une Silicon Valley genevoise tout à fait accessible!

13:45 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le manque d'investissement délibéré, profitable à court terme et de vision sont les principales raisons.
Jusqu'à présent ce canton s'adaptait aux mutations avec des étrangers et frontaliers déjà formés, Informaticiens, médecins, infirmières en oubliant de former les genevois.

La préférence cantonale est une réaction normale de la population (100'000 frontaliers dans un canton de 500'000 habitants...) hélas mise de coté et mal formée (ces ploucs continuent à nous vendre des cfc de commerce...) . Un autogoal bien mérité !?!?!

Écrit par : dorian | 20/06/2018

Cet article relativise votre propos: https://www.letemps.ch/economie/sursaut-helvetique-matiere-competitivite-numerique?utm_source=Newsletters&utm_campaign=cf329ba078-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-cf329ba078-109535921

Genève est, avec Zug, à la pointe dans certains domaines comme l'utilisation de la blockchain et les cryptomonnaies bien devant Zurich.

Écrit par : Pierre Jenni | 20/06/2018

La question du retard éventuel de Genève en termes de technologies de pointe dépasse de loin les questions relatives à la préférence cantonale. En effet, permettre ou non d'engager de la main d'oeuvre étrangère n'a d'importance que si le tissu générateur de tels emplois existe.

En la matière, Genève souffre plus d'une économie fortement axée sur le secteur financier (pas le secteur le plus porté sur l'innovation) et d'un système de formation universitaire qui demeure assez éloigné des besoins de l'économie. Oui, l'Unige forme bien des spécialistes dans des domaines tels que le trading ou la gestion du secteur aérien, mais le rectorat a pendant de nombreuses années résisté de manière ferme à tout rapprochement avec le monde de l'entreprise. Quant aux HES, il semblerait que bon nombre de celles-ci cherchent plus à ressembler à l'université, qu'à cultiver une orientation plus proche de l'économie, qui pourrait pourtant constituer leur principal atout.

Comme bien des problématiques, il est quelque peu simpliste de vouloir y trouver une seule cause, de plus assez indirecte.

Écrit par : Mark | 21/06/2018

C'est bien de lancer la discussion. Mais ce serait mieux d'assurer le suivi.

Écrit par : Pierre Jenni | 26/06/2018

Les commentaires sont fermés.