05/06/2018

PACT'AIR et aéroport de Genève: les limites de l'accord

S'il y a une chose que personne ne peut contester, c'est que l'air respiré dans le Grand Genève est commun à toute l'agglomération. Il ne connaît pas nos tergiversations politiques ni nos oppositions à la mise en place d'une gouvernance commune. Et ceci, nos élus l'ont bien compris, tant et si bien qu'ils travaillent depuis 2017 à une réglementation commune en matière d'environnement, et plus particulièrement de qualité de l'air. Nyon, Genève, Haute Savoie, Pays de Gex et autres régions transfrontalières œuvrent main dans la main dans le but de réduire de 18% l'émission des particules fines et de 50% celle des oxydes d'azote à horizon 2030.

Cette collaboration est inévitable lorsqu'il s'agit de régions limitrophes, et pas seulement en Europe. En Amérique du Nord par exemple, les pays membres de l'ALENA -Etats-Unis, Canada, Mexique- ont également signé des accords qui les obligent à appliquer sans faille une brochette de lois environnementales (mais si, mais si!), faute de sanctions décidées par l'organe de règlement des différends.


Mais pour en revenir à Genève, les mesures PACT'AIR n'ont aucun sens si le canton continue sa course effrénée à la croissance sans tenir compte de l'impact qu'elle peut avoir sur la qualité de son air, sans parler de la qualité de vie des habitants de manière générale. Car aux problématiques de logement, embouteillages et mutations du marché de l'emploi s'ajoute une dégradation continue de la qualité de l'air que l'on respire. Et lorsque l'on sait que la pollution tue sept millions de personnes chaque année à travers le monde selon une estimation de l'OMS, on ne peut plus se permettre le luxe de jouer à la politique de l'autruche. C'est pour cette raison que PACT'AIR n'est pas le seul à fédérer les acteurs transfrontaliers du Grand Genève. Les associations de protection des riverains de l'aéroport de Genève ont, elles aussi, décidé de réunir les forces genevoises et françaises pour alerter l'opinion publique sur les nuisances causées par un développement qualifié de débridé et mener des actions politiques pour les réduire. Conférences internationales, salon de l'automobile, concerts et saison de ski ont en effet participé à un quasi doublement de la consommation de kérosène à Cointrin en une quinzaine d'années!

Considérons les solutions maintenant: les partis politiques les plus impliqués dans l'amélioration de la qualité de l'air comme le PDC ou les Verts font des propositions pour inciter à la réduction du trafic sous la forme de surtaxes. C'est un grand pas en avant mais qui risque de n'être dissuasif que pendant une période limitée. Aussi faut-il aller plus loin et attaquer le mal à la racine. Le constat est que Genève draine des voyageurs de toute la Suisse romande et d'une partie de la France voisine pour la simple et bonne raison que mise à part Cointrin, il n'y a pas d'aéroport international à moins de 100km qui permette de desservir autre chose qu'une poignée de villes européennes disparates. A part Lyon Saint-Exupéry, les aéroport internationaux les plus proches sont Zurich Kloten et Bâle Mulhouse! Pas étonnant que Genève connaisse une dizaine d'arrivées et de départs par heure, avec tout ce que cela implique comme bruit et consommation de kérosène!

Deux solutions évidentes se profilent d'elles-mêmes: Après PACT'AIR, le prochain accord qui pourrait accompagner la croissance de Genève est une coopération aéroportuaire avec les cantons les plus proches et les régions de France voisine: déplacer une partie des vols genevois vers des aéroports de plus petite taille comme Sion ou Lausanne en mettant à disposition des navettes pour la ville du bout du lac.

La deuxième, beaucoup plus rapide à instaurer, est une incitation financière à prendre le train pour les villes européennes les plus accessibles par le biais d'une palette de prix similaire à celle des vols low-cost. Et lorsque l'on voit qu'aller à Malaga coûte moins cher qu'un aller simple vers Zurich, la marge de manœuvre est plutôt large!

09:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'aéroport de Genève n'a pas vocation de hub régional. Sa position à cheval sur la frontière et sa proximité avec la ville empêche un développement conséquent et les infrastructures d'accès sont déjà saturées sans possibilité d'y remédier. La place manque, à moins de couvrir l'autoroute.
Il importe donc de reprendre l'idée évoquée il y a une dizaine d'années par le CE de prendre des parts dans l'aéroport de St Exupéry, sous exploité, et développer les navettes comme nous le faisons déjà avec Zurich.

Écrit par : Pierre Jenni | 05/06/2018

Les commentaires sont fermés.