21/05/2018

Initiative "monnaie pleine" pour les Nuls

"L'initiative veut que toute la monnaie, tant l'argent liquide que la monnaie scripturale sur nos comptes en banque, soit créée exclusivement par la Banque Nationale Suisse (BNS). Les banques commerciales ne pourraient donc plus créer de l'argent en accordant des crédits".

Vous avez tout compris? Moi non plus! Alors je me suis plongée dans les articles du début du troisième millénaire pour tenter d'en savoir plus.  


Remontons à la fin des années 90. Encouragés par une baisse historique des taux hypothécaires et une politique de prêts particulièrement laxiste, des millions d'américains deviennent propriétaires de leur logement en quelques années. Et comme les banques d'investissement ne manquent pas d'imagination, ces millions d'emprunts aux scores de crédit insuffisants (subprimes) sont regroupés en produits financiers et proposés à de gros investisseurs occidentaux. De très sérieuses agences de notation comme Standard & Poor's ont d'ailleurs attribué d'excellentes notes à ces "Mortgage backed securities" (MBS), considérés peu risqués du fait de la variété des emprunts qui les composent. Tout se passe bien dans les meilleur des mondes jusqu'à ce que les prix de l'immobilier américain s'effondrent, provoquant la hausse des taux hypothécaires et l'incapacité de millions d'américains de rembourser leurs emprunts. L'effet boule de neige surprend alors les investisseurs en MBS et entraîne la faillite d'institutions historiques comme Lehman Brothers ainsi qu'une grave crise mondiale. La suite, on la connait..

C'est pour éviter ce genre d'excès que l'idée de monnaie pleine est née. Interdire aux banques de créer de la monnaie à partir de simples écritures (scripturale), le plus souvent lors d'octroi de crédits. Ces montants déposés de manière virtuelle sur le compte de l'emprunteur circulent ensuite dans toute l'économie de manière tout aussi électronique par le biais de virements ou de paiements par cartes de crédit. Cet argent constitue aujourd'hui 90% de la masse monétaire de notre pays et représente un risque conséquent dans le cas - extrêmement rare - où tous les clients d'une banque décident de retirer tous leurs deniers au même moment. De même, en cas de faillite d'une grande banque, tous les dépôts peuvent être perdus sans la garantie de l'Etat. L'initiative a pour but de protéger la population et l'économie.

Or actuellement la BNS crée de la monnaie en accordant des crédits aux banques ou en leur achetant des actifs. Si les banques n'ont plus la possibilité de créer de la monnaie scripturale, ce canal de création est fermé et la BNS est alors obligée de faire fonctionner la fameuse "planche à billets". Ceci signifie que la création passe forcément par le financement de dépenses publiques. Cette pratique ancienne, actuellement interdite dans la plupart des pays, permet une sur-utilisation par l'Etat de cette manne qui peut conduire à des pressions politiques et à de graves épisodes inflationnistes: l'économie locale, trop sollicitée par l'Etat, réagit par une hausse générale des prix.

Le tissu économique helvétique émet également des craintes par rapport à cette initiative: si les banques commerciales ne peuvent plus prêter de l'argent sans contrepartie émise par la BNS, les crédits accordés aux investisseurs risquent d'être fortement réduits, paralysant le développement de nombreuses entreprises. D'autre part, la compétitivité de notre pays pourrait être ébranlée si la Suisse était la seule à se lancer dans cette aventure.

L'objectif de cette initiative est certes louable, mais restreindre de cette manière la production de la monnaie n'empêchera pas de mal investir les fonds; on peut gagner de l'argent en travaillant dur et le dilapider dans des jeux de hasard! Et puis il y a cette manie de prendre la Suisse et notre démocratie directe comme rat de laboratoire. Heureusement, c'est compter sans notre fort penchant pour le "NEIN"!

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Commentaires

Certain experts prédisent un crash pour 2019. 2008 a été un avertissement.

Qu'importe, ce système montre que l'on vit dangereusement. L'État a confié sa stabilité à des puissances financières qui regarde d'abord leurs intérêts. L'investissement ne va guère dans l'économie réelle. La richesse n'a pas profité à la population, et ce que l'économie gagne, elle le reperd à chaque crash.

Par comparaison, c'est comme si, la police laissait les conducteurs gérer la circulation sur les autoroutes. Les chauffards jamais pénalisés provoquent des morts et des bouchons.

Bref, l'Etat qui nous a vendu aux financiers doit récupérer sa souveraineté. D'une manière ou d'une autre l'Etat doit avoir un droit de regard sur les banques, qui comme les chauffards disent qu'elles sont prudentes.

Quant à l'initiative, j'attends l'avis d'experts neutres.
A terme, je ne vois rien d'autre que le retour à la souveraineté de l'Etat dans ce domaine.
Les crashes qui font reculer l'économie de 10 ans avec des chômeurs en masses sont la source d'instabilités dans la société. Cela ne peut pas durer.
Le système actuel semble amplifier les crises, et péjorer l'économie réelle, donc il faut le changer.
Les banques privées ont eu leur chance et ils se sont conduit en voyous. A la BNS de reprendre la main qu'elle aurait toujours dû la garder.

Écrit par : motus | 21/05/2018

Je suis surpris comme beaucoup de gens on l'air de croire que les banques peuvent faire n'importe quoi et générer de la monnaie scripturale a l'infini.

Pourtant le reporting légal due par chaque banque a la BNS existe depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. Et les accords de Bâle III définissent les ratios de liquidité, renforce le contrôle des fonds propres et d'autres couvertures des risques opérationnels.

Écrit par : Stanton Cree | 22/05/2018

Dommage. Votre précédent billet m'avait enthousiasmé. Je réalise que vous jonglez maladroitement avec des principes antagonistes.
La longue introduction de votre billet nous donne l'impression que vous soutenez l'initiative. Mais non, vous concluez, sans la moindre explication, au rejet de Monnaie pleine.
En fait, la droite est bien empruntée sur ce coup car elle n'a pas d'arguments si ce n'est de faire peur. Car les banques vont évidemment continuer à s'occuper de crédits mais sans spéculation. Je n'ai encore pas entendu un seul argument crédible qui démontre le danger de l'initiative. Mais surtout il semble évident que nous n'avons par retenu la leçon des subprimes et que ces pratiques ont même repris de la vigueur. La suite, on la connait. La prochaine crise risque bien d'être fatale au système financier mondial. Nous pouvons éviter ce prochain crash en donnant l'exemple, pour une fois.
Personnellement je ne vois qu'un risque. Celui de devenir trop attractif.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/05/2018

"Quant à l'initiative, j'attends l'avis d'experts neutres."
Voici, paru dans 24Heures de hier, un avis d'expert qui me semble pertinent:
https://www.24heures.ch/economie/Une-monnaie-pleine-de-contreverites/story/27789886.
Pour ma part je voterai «oui» à cette initiative, non pas dans l'espoir qu'elle recueille la majorité des suffrages mais dans celui de faire avancer le Schmilblick https://www.youtube.com/watch?v=bUdhyn2HofE.

Écrit par : Mario Jelmini | 22/05/2018

Grandiose ce sketch de Coluche. Merci Mario et merci pour votre soutien au shmilimilmilimachinchose.
Le lien sur l'article de 24h ne semble pas fonctionner...

Écrit par : Pierre Jenni | 22/05/2018

A peu de jrs de remplir son bulletin. Voilà un exemple typique d'objet de votation hyper technique face auquel les votants nagent et vont voter, dans l'incompréhension totale des conséquences de ce qu'ils/elles soutiennent.

(L'url en lien 24h indiqué par Mario semble hs). Je vais voter pour, selon son même postulat, bien qu'avec l'idée d'un coup dans l'eau en faveur d'une régulation globale manquante à instaurer contre les bulles financières,
vu que les contres (Üli Maurer dixit: c'est un projet inutile et risqué) (BNS, Thomas Jordan: nuisible pour la Suisse) en font un peu trop dans le drama sans informer les citoyens, si ce n'est parler de complotisme:

"selon la Basler Zeitung - un journal dont Christoph Blocher est copropriétaire - jamais une initiative n'a autant été téléguidée par l'étranger. En cause, les liens étroits entre les initiants suisses et les organisations partenaires étrangères.

Pour rappel, le texte a été lancé par l'association Modernisation Monétaire (MoMo) basée à Wettingen. Or celle-ci, qui lancera officiellement sa campagne jeudi devant la presse à Berne, est membre du mouvement international pour une réforme monétaire (IMMR), un mouvement actif dans de nombreux pays et qui souhaite démocratiser l'argent, pour reprendre leur slogan figurant sur leur site internet.

Le MoMo lui-même affirme n'être lié à aucun parti politique. «En collaboration avec un conseil scientifique, il s’engage à mettre l’économie financière au service de l’économie réelle, et le système monétaire au service des êtres humains», écrit-il sur son site internet.

La Basler Zeitung, estime elle que l'association veut surtout lancer un débat public en Suisse sur la réforme monétaire complète prônée par Joseph Huber, un économiste allemand qui serait à la base du concept de «monnaie pleine». Avant même le vote, écrit le journal, Huber a fait des apparitions à l'EPFZ pour promouvoir ses idées. «Aujourd'hui, il utilise la démocratie directe pour faire de la Suisse un terrain de jeu pour un nouveau système monétaire», critique le quotidien bâlois.

Soutien financier étranger. Le journal souligne que jamais encore de l'argent n'avait été récolté aussi intensivement à l'étranger pour une campagne de vote en Suisse. Il explique que le pendant allemand de MoMo, «Monetative», appelle activement sur son site ses membres à apporter un soutien financier à l'initiative. Il incite aussi ses sympathisants à venir aider leurs homologues suisses à distribuer des dépliants en avril et mai ainsi qu'à écrire continuellement des commentaires en ligne.

La coordinatrice de l'action serait une Allemande, Barbara Ziep. Responsable des finances chez Monetative, elle serait aussi l'une des trésorières au sein de MoMo. Ce qui montre, selon la Baz, que l'initiative «monnaie pleine» est «contrôlée et développée à partir de l'Allemagne».

Une autre politicienne étrangère figurerait au sein des instances de MoMo. Il s'agit de la Verte britannique Emma Dawnay, qui s'est déjà présentée à la Chambre des communes. Dans une interview sur YouTube, elle aurait déclaré qu'il serait très intéressant pour elle de voir si le système fonctionne, quelles réactions il pourrait provoquer et quelles en seraient pratiquement les conséquences économiques. Le site web «Positive Money», une association de partisans de l'idée monnaie pleine en Grande-Bretagne, a également lancé un appel aux dons pour l'équipe de campagne suisse.

Leur pendant espagnol, Dinero Positivo, annonce lui aussi sur son site le vote suisse. Comme ses homologues allemands et anglais, il invite ses membres à soutenir financièrement les Suisses. «C'est une occasion historique, écrit-il, car, pour la première fois, un peuple peut décider par un vote si l'argent est produit par des banques privées ou exclusivement par la Banque nationale. En cas de bon résultat, un "débat décisif" pourrait alors être lancé dans toute l'Europe, voire dans le monde entier»

https://www.lematin.ch/suisse/monnaie-pleine-dirigee-etranger/story/10563014

Écrit par : divergente | 22/05/2018

Le lien menant à l'article de Marian Stepczynski sur 24Heures semble avoir été modifié. Il faut maintenant cliquer sur https://www.24heures.ch/economie/monnaie-pleine-contreverites/story/27789886.
Entretemps, j'ai découvert un autre article qui emporte mon adhésion: https://www.letemps.ch/economie/assez-joue-casino-place-monnaie-pleine.

Écrit par : Mario Jelmini | 22/05/2018

Pour ceux qui auraient manqué l'émission:
https://www.rts.ch/play/tv/infrarouge/video/special-votation-monnaie-pleine-un-remede-contre-les-crises-financieres-episode-2225-saison-2018?id=9593602&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

Les partisans de l'initiative ont été très convaincants, les opposants semblaient plutôt mal à l'aise...

Écrit par : Mario Jelmini | 24/05/2018

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