04/05/2018

Préférence indigène light: le zèle genevois

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'initiative de l'UDC "contre l'immigration de masse" aura donné du fil à retordre aux parlementaires fédéraux. Comment respecter la sacro-sainte souveraineté du peuple helvétique sans froisser l'Union Européenne avec qui nous avons signé des accords de libre circulation des personnes? Comment décider de contingents comme le demandait l'initiative sans alourdir la paperasserie des employeurs? C'est l'objectif non dissimulé de la préférence indigène "light" qui entrera officiellement en vigueur le premier juillet prochain, et qui n'a pour léger que le nom!


Car elle consiste concrètement à obliger les employeurs à annoncer aux offices régionaux de placement les postes vacants dans les secteurs à taux de chômage élevé, c'est-à-dire 8% jusqu'en 2020, puis 5%, d'où un surplus de tracasseries administratives et des restrictions qui altèrent leur compétitivité. Mais la mesure a été conçue pour respecter l'initiative contre l'immigration de masse tout en la maintenant dans un cadre eurocompatible... Croit-elle! L'UDC, se sentant trompé par une interprétation qui, loin d'avantager les suisse, instaure une véritable discrimination à l'adresse, brandit déjà la menace d'un nouveau projet de loi encore plus restrictif que le précédant, et qui vise à dénoncer purement et simplement les accords bilatéraux.

Qu'en est-il à Genève? Le canton fait partie de ceux qui ont rejeté le plus massivement l'initiative de l'UDC avec 60.9%. Pourtant c'est aujourd'hui celui qui viole le plus les accords bilatéraux en instaurant une discrimination ouverte à l'adresse et ce, depuis bien avant la mise en vigueur de la préférence light. L'émergence du parti d'extrême droite MCG a instauré un climat de haine anti-frontalier tellement vivace que ces derniers, pourtant en théorie capables de s'inscrire dans l'office cantonal de l'emploi sous certaines conditions, ne le font pas ou peu face aux difficultés auxquelles ils doivent faire face pour y parvenir. Pire encore: la résidence genevoise obligatoire affichée dans de nombreux postes vacants ne permet plus aux frontaliers de postuler pour les offres disponibles. Et cette discrimination, loin de résoudre les problèmes de fond comme la délocalisation, touche également les genevois frontaliers qui se voient dénigrés par rapport à des personnes nouvellement installées à Genève, qui en connaissent à peine la langue et les mœurs, mais qui ont eu la bonne idée d'y trouver une adresse! S'intégrer? A quoi bon? Une chambre chez un cousin est un sésame suffisant même si on est moins qualifié! De quoi exercer une pression plus importante sur les salaires et avantager les employeurs peu scrupuleux.

Par inertie quelques frontaliers ont quand même été embauchés l'année dernière à Genève. Et devinez quoi? La plus forte augmentation s'est trouvée dans.. la formation et l'emploi!

08:15 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le système du libre-échange a montré ses limites en tout cas au niveau de l'emploi. La situation, qui a profité à de nombreuses personnes venant, notamment, des 4 coins de l'Hexagone pour s'installer en France voisine et venir tenter leur chance à Genève, a créé un immense problème pour une partie de la population résidente genevoise. Et ça, il va bien falloir que vous l'admettiez un jour. Le résultat du vote de février 2014 est ce qu'il est (j'ai voté contre personnellement) et il va un jour falloir également que vous tous, politiciens, commenciez à accepter les décisions du peuple même quand elles ne vous arrangent pas.

Est-ce que la solution qui va être mise en place dès juillet est bonne ? Je n'en sais rien, mais c'est une solution. Quelles sont les vôtres ? Parce qu'à part vous plaindre en permanence d'une baisse des avantages que votre statut de frontalière vous octroyait, vous ne proposez rien. Vous ne faites que crier sur le MCG qui lui-même crie sur vous. Et ça tourne en boucle.

Nous attendons donc vos propositions pour améliorer la situation des genevois sans emplois. Vous étiez candidate au Grand Conseil non ? Ah mais non, c'était pour représenter les genevois résidents en France voisine et pas ceux vivants dans la ville que vous souhaitiez représenter. Paradoxal....

Vous n'arrêtez pas de critiquer le MCG pour ses prises de positions limites racistes, mais cette phrase " Et cette discrimination, loin de résoudre les problèmes de fond comme la délocalisation, touche également les genevois frontaliers qui se voient dénigrés par rapport à des personnes nouvellement installées à Genève, qui en connaissent à peine la langue et les mœurs, mais qui ont eu la bonne idée d'y trouver une adresse!" montre que pour vous, c'est un problème que des étrangers prennent la place de genevois installés en France voisine. N'est-ce pas également une forme de racisme ?

Donnez-moi tort et montrez-moi vos solutions !

Écrit par : Alex Goretta | 04/05/2018

Excellente synthèse.

La discrimination à l'adresse pour les #suisses vivant en France (et les autres...) est un scandale.
Les frontaliers (80 000 par jour à franchir la frontière) font tourner la boutique genevoise. Que Genève s'en passe.....On verra le résultat !
Il y a un certain déni local que les partis d'extrême-droite illustraient fort bien. Une certaine propension à se croire plus forts, compétents etc... qu'ils ne sont en réalité.

A vouloir le beurre et l'argent du beurre.
La haine du "frontalier" dont par ailleurs on ne se passe pas....est dès lors hideuse.

Écrit par : Diane | 04/05/2018

Excellente synthèse.

La discrimination à l'adresse pour les #suisses vivant en France (et les autres...) est un scandale.
Les frontaliers (80 000 par jour à franchir la frontière) font tourner la boutique genevoise. Que Genève s'en passe.....On verra le résultat !
Il y a un certain déni local que les partis d'extrême-droite illustraient fort bien. Une certaine propension à se croire plus forts, compétents etc... qu'ils ne sont en réalité.

A vouloir le beurre et l'argent du beurre.
La haine du "frontalier" dont par ailleurs on ne se passe pas....est dès lors hideuse.

Écrit par : Diane | 04/05/2018

En France, un fonctionnaire ne peut pas être un étranger. La préférence national est un fait en France.
En Suisse, avec une version light, on arrivera jamais au niveau français.

De plus, le manque de compréhension de votre part n'est pas honnête,
Si on prend Barcelone, beaucoup n'en peuvent plus des touristes, je suis certain que vous les comprenez.

Genève qui a suivit une politique de croissance aveugle, paie le prix fort. Le genevois est devenu minoritaire dans son canton.
Si le frontalier n'est pas la bonne cible dans les critiques, puisque l'Etat est responsable de cette situation, il est compréhensible que la population dit stop.

Quelle serait la réaction si dans une ville française, les locaux deviendrait minoritaire ?

Il est naturel que les genevois ont en assez.

La France au lieu de critiquer Genève, devrait amener des entreprises dans la région avec les mêmes avantages qu'à Genève pour créer un grand pôle économique régional.
Les responsabilités de la problématique à Genève sont donc le libéralisme soutenu par l'Etat, qui n'a pas été suivit par des mesures qui limites les impacts et l'immobilisme culturel français.

Écrit par : motus | 04/05/2018

Les commentaires sont fermés.