30/03/2018

Chômage: quand le bouc émissaire occulte la vérité

Même si mon sujet de prédilection reste l'éducation, l'emploi est celui qui impacte le plus notre société, car c'est l'emploi - et donc les perspectives de salaire- qui va régir nos décisions. C'est lui qui va pousser les parents à inscrire leurs bambins aux cours de langue, déterminer l'orientation précoce de nos jeunes, permettre l'accès à un logement plus ou moins grand, envisager un long traitement orthodontique, voire même planifier sa retraite, sachant que plus de 120'000 retraités helvètes immigrent faute d'un pouvoir d'achat suffisant en Suisse. C'est lui, enfin, qui a fait prendre à Genève un virage populiste il y a quelques années. Car cette hostilité envers les frontaliers n'est pas innée mais est apparue suite à la crise qui a fortement secoué les foyers en mettant à mal la traditionnelle sécurité de l'emploi.


A tort: comme le montre le graphique ci-dessous, le taux de frontaliers par rapport à l'emploi total à Genève n'a pas cessé d'augmenter depuis 2001 sans corrélation aucune avec le taux de chômage de notre canton! Nous observons même un pic du chômage à 7.4% en 2005 alors que le nombre de frontaliers était de 51'130, moitié moins que les 106'700 de 2017 avec un taux de chômage de 5.3%, le plus bas de ces cinq dernières années et seulement 2.1% supérieur à la moyenne suisse.

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 Mais alors d'où vient ce chômage qui a engendré la préférence cantonale et menace les relations bilatérales avec nos voisins? Deux causes sont souvent montrées du doigt: la robotisation qui a touché de plein fouet le secteur financier avec l'automatisation des opérations boursières et l'utilisation de puissants outils quantitatifs pour les opérations de trading, et bien sûr la délocalisation. Avec plus de 15'700 licenciements collectifs en dix ans, soit plus que les 12'200 chômeurs actuels, les entreprises ont trop souvent fait le choix de salaires plus bas et exporté nos places de travail. L'exemple qui a sans doute le plus marqué les esprits est le départ de Merck Serono en 2012 qui a touché quelque 1250 employés. Dernièrement, le franc fort et l'attrait d'une main d'œuvre moins chère a poussé des fleurons comme ABB et Roche à déplacer des emplois vers d'autres cieux. Près du quart des entreprises helvétiques ont ainsi délocalisé tout ou partie de leur production ces dernières années, et celles qui restent en automatisent la plus grosse partie, mettant ainsi à la rue de nombreux ouvriers pour ne réembaucher qu'une petite partie de travailleurs plus qualifiés. Cette tendance a aussi pour conséquence d'affaiblir le rôle des syndicats qui se trouvent désemparés face à ce chantage au transfert d'emplois et ce phénomène, loin d'être propre à la Suisse, est subi par l'ensemble des pays de l'OCDE.

La solution? Il n'y en a pas qu'une, mais plusieurs. Certains pays proposent des bonus financiers aux compagnies qui maintiennent les emplois sur leur sol ou subventionnent les plus touchées par les effets de change, d'autres optent pour un système de notation qui rend public le comportement patriotique de leurs entreprises. Une chose est sûre: se servir des frontaliers comme bouc-émissaires de la crise a détourné l'attention de notre canton des vrais problèmes et a retardé  les réflexions sur des solutions pragmatiques et durables. Mais il n'est pas trop tard pour rectifier le tir!

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Commentaires

Genève créé plus d'emplois qu'elle n'a de travailleurs sur son sol, mais un frontalier de 30 ans sera toujours préféré à un genevois de 50 ans.
Le chômage genevois est donc du en partie à la possibilité des entreprises d'avoir facilement des travailleurs hors canton.

La faute n'est donc pas aux frontaliers, mais aux entreprises et leur politique d'embauches.

Quant aux nuisances, seul Genève est responsable. Lorsqu'il y a une politique de croissance tel que le canton ne peut fournir tous les travailleurs, on induit forcément des nuisances qui dégrade la qualité de vie.

Le frontalier n'est la cause de rien, mais le révélateur d'une politique d'Etat et de l'Economie cantonale.
La préférence cantonale doit être un devoir pour les catégories qui souffre d'une concurrence déloyale comme les séniors et les jeunes.

Les politiciens qui veulent se faire élire, doivent donner leur vision sur Genève dans le futur de la fin du siècle: un canton à 10 ou 5 millions d'habitants pour un choix de croissances, ou un choix d'une croissance maitrisée afin de garantir une qualité de vie.

Écrit par : motus | 31/03/2018

Informations intéressantes. Il convient d’analyser les chiffres de façon objective. L’évolution de la démographie risque de conduire prochainement à un manque de main d’oeuvre, ce qui est déjà le cas dans plusieurs métiers. Les entreprises sont déjà obligées d’aller recruter à l’étranger non pas pour trouver des salaires plus bas mais pour trouver les compétences recherchées.

Écrit par : Pierre Jeronimo | 01/04/2018

En fait vous prouvez que la préférence cantonale n'a pas d'impact sur les chances à l'embauche des gens vivant a l'étranger.

Écrit par : En fait | 01/04/2018

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