09/02/2018

Le mythe du profiteur

"Ne pas perdre patience, même si cela semble impossible, c'est déjà de la patience" Proverbe japonais

C'est un terme qui revient comme un refrain, transmis de parti populiste en ragot de machine à café. Un qualificatif peu flatteur marmonné dans le dos d'une collègue ou craché dans la file de gauche d'un embouteillage. Mais ces colporteurs de clichés ignorent qui sont les vrais profiteurs, et surtout qui nous sommes.


Nous avons fait le choix, il y a plusieurs années de cela, de quitter notre canton pour nous installer en France voisine. Parce que les logements familiaux à Genève, trop souvent subventionnés par les OI ou les multinationales, étaient trop onéreux. Parce que les accords bilatéraux que l'on nous promettait alors étaient imminents. Parce que... peu importe! Nous avons fait ce choix et nous avons tout fait dans les règles: dédouanement, analyse médicale, contrôle technique de la voiture, paperasserie diverse et variée pour le permis de séjour, annonce par ci, déclaration par là. Nous l'avons fait, puis nous avons inscrit nos enfants à l'école du quartier, parce que nous étions si bien accueillis par nos hôtes et pour une meilleure intégration. Nous avons fait partie du conseil d'école, avons fait mille et un gâteaux pour le "sou", pris congé pour aider à informatiser la bibliothèque et à accompagner au ski et aux sorties scolaires, pris la main des enfants qui pleuraient parce que maman n'était pas là. Nous avons fait notre vie dans le genevois français, serré les dents face à une administration pas toujours commode, vu tous ces enfants de l'école grandir et versé une petite larme en les voyant devenir adultes...

Et parallèlement à tout cela nous avons continué à travailler à Genève, à y payer nos impôts, y donner notre sang, débourser le double pour notre abonnement général, cotiser aux différentes caisses sociales, faire fructifier l'économie, faire notre shopping dans les rues Basses et déguster les glaces à la mouette au bord du lac. Nous avons emmené nos enfants au cirque de Noël de Plainpalais, participé à la course de l'escalade, admiré le défilé en costumes d'époque, cassé la marmite, vendu les billets de tombola du club de foot..

Et ce seraient nous, les profiteurs? Non, Monsieur! Ils sont bien plus perfides que vous ne le pensez. Les profiteurs sont ceux qui font la queue au Drive d'un supermarché gessien le vendredi soir, peuplent les parkings du centre commercial thoirysien le samedi après-midi et râlent lorsqu'il y a la queue aux remontées mécaniques de Crozet le dimanche matin. Ils klaxonnent à tout bout de champ, empruntent les voies vertes interdites aux véhicules motorisés car les amendes sont moins chères qu'à Genève, se plaignent de l'incivilité des français qui se garent en double file et rentrent chez eux le soir pour voter anti-immigration!

 Ils profitent des aides sociales du canton car il y habitent mais font leurs courses en France. Ils soutiennent les populistes tout en engorgeant les douanes pour économiser sur leurs forfaits de ski. Ils possèdent le hideux visage de l'hypocrisie car ils combattent le Grand Genève. Et si vous leur demandez pourquoi ils rétorquent que le frontalier est profiteur alors que le frontalier, Français ou Suisse, paie ses impôts et ses cotisations dans le canton sans pouvoir bénéficier de prestations. Il est temps de faire tomber le mythe!

17:58 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous êtes bien haineuse...

Écrit par : Eastwood | 09/02/2018

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